NOTE D’INTENTIONS

Entre 25 et 30 ans, un cri d’alarme inconscient résonne en vous.

Sans le vouloir, vous commencez à faire un premier bilan du quart de siècle que vous avez parcouru. Une somme de questions vous envahit, allant de vos rêves de gosse à votre situation de jeune adulte. Vous vous revoyez dans l’insouciance de l’enfance, vous observez les photos, ne vous souvenez plus vraiment de tout, et entre temps vous avez grandi.

LouiseGrandir, c’est se poser des questions en espérant que la vie nous aidera à y répondre : Qu’est ce que j’ai construit jusqu’à présent ? Ai-je bien choisi ma voie ? Est-ce que je suis déjà tombé(e) amoureux(se) ? Il faut gagner sa vie, j’en suis où ? La politique, la religion, je suis censé(e) en penser quoi ? Est-ce que je suis déjà parti(e) loin de ce que je connais ?

Nous faisons partie de la génération Y, la première à avoir grandi avec Internet, celle qui a constatée que l’ère du plein emploi était plutôt derrière elle, celle qui a été marquée dès 2001 par les attentats, celle qui force les managers à revoir leurs copies, celle qui est connectée mais qu’on dit déconnectée des réalités, celle qui n’a plus le droit à la « Carte jeunes » de la SNCF. Nous sommes dans un entre-deux oscillant entre nos révoltes d’ado et nos choix de jeunes adultes. Nous sommes absents de l’espace public, des médias comme mis sous silence.

Le projet Daydream a pour postulat d’offrir un territoire de représentation aux 25-30 ans. Il s’articule en deux axes : une exposition photographique et sonore et un spectacle.

L’installation Daydream  verra le jour à Béthune. Après plusieurs appels à participation dans la presse et les réseaux sociaux, des rendez-vous avec les acteurs accompagnant la jeunesse, un travail sur le terrain pour aller à leur rencontre, nous créerons un panel de 12 à 15 jeunes. Ils seront interviewés sur leurs parcours de vie, leur réalité au quotidien, leurs rêves et leurs espoirs passés et futurs. Ils seront ensuite photographiés dans l’endroit qu’il juge le plus représentatif de ce qu’ils sont. Ainsi des bornes photographiques et sonores seront dispersées dans des lieux de passages de la ville : bars, pharmacies, entreprises, Pôle-emploi, administrations, etc… Les bornes se déplaceront régulièrement pour que les portraits croisent un maximum de publics.

Le spectacle Daydream, quant à lui, aura pour prétexte une fête d’anniversaire. La fête étant pour nous, le lieu des coups de cœur, des coups de gueule, des coups d’un soir, le lieu de toutes les conneries et de tous les instants de génie ; un espace de liberté nous permettant d’explorer à la fois l’écriture de plateau et l’autofiction. Il sera construit en plusieurs étapes : d’abord la création de trois portraits/personnages de septembre 2017 à janvier 2018 et ensuite la création finale à l’automne 2018. Ce spectacle nous permettra d’affirmer un nouveau langage artistique pour la compagnie alliant vidéo, photographie, écriture collective et personnelle. Il détournera les constats pessimistes pour faire émerger les petits espoirs et les restes d’insouciance de notre génération. Et si on se rassemblait pour se donner la possibilité d’exprimer nos idéaux et nos singularités ?

Clément Bailleul et Nicolas Fabas – mars 2017